Les billets de Joseph

Les billets de Joseph

Printemps

Un matin, après le café matinal, elle se fait surprendre par un rayon de lumière sur la table de la cuisine, un regard à la fenêtre lui confirme que le jour est déjà levé. Combien de mois se sont passés depuis qu’elle petit déjeune avec la nuit, elle ne le sait même plus, tout ce noir a absorbé ces jours froids et courts. Agréablement surprise, elle a envie de mettre le nez dehors, aller remplir de bû...

La modernité de la bourgeoise sarthoise

  Être salariée à la maison présente d’immenses avantages, un confort de vie auquel tout le monde aspire -très, très discrètement-. Que le premier qui n’y a pas pensé lui jette la première pierre (de taille). Qui ne souhaite pas travailler chez soi dans un cadre agréable, qui plus est un logis, voire un demi-château, on comprend mieux ainsi que le locataire aulnaysien ne bénéficiant pas de cette chance, puisse imaginer se livrer à...

Je reviens de loin

  Si un jour, vous êtes en difficulté idéologique devant des militants d''extrême gauche, prononcez alors  le doux nom de Rafael Corréa, vous verrez alors l'ambiance se transformer instantanément, comme par magie, leurs yeux scintiller, les sourires fleurir et la discussion filer, extatique, vers les doux rêves des champs du possible. De même, si vous êtes assaillis sur votre dialectique par des lecteurs du Monde Diplomatique ou des militants d'ATTAC, prononcez alors le dur nom de Pierre Carles, vous obtiendrez instantané...

Ce que nous disent les brutes

  Peu importe qu'ils aient accédé au pouvoir par la représentation démocratique ou bien une autre représentation de la démocratie, si fictive soit-elle. Une fois aux manettes, ils sont au dessus des lois ou presque, puisqu'ils font celles-ci. Alors les masques tombent, le binaire de la loi du talion rejoint le binaire de leurs discours, le binaire de leur ambition personnelle celui de leur ego boursouflé. Ce binaire de leur propre ré...

Cyclothymie hivernale

  Le chasse-neige est passé dans le petit chemin en impasse qui mène au gîte, en contrebas de la route qui conduit au col et à la station. Les raclements l'ont réveillé, il a attendu que le sommeil le reprenne, mais son ciboulot s'est mis à cogiter subrepticement, des pensées pas très positives ont alors terrassé les autres, celles du bon parisien aux sports d'hiver. Pour ne pas se laisser faire, il a préfé...

Une bonne et peureuse

  Une bonne et souffreteuse aux ours blancs, au guépard, au poisson globe ou aux glaciers, qu'ils profitent bien de leurs derniers instants. Heureusement non doués de raison, il ne leur viendra pas l'idée de demander des comptes à leurs tueurs, trop occupés que nous sommes à bricoler nos centrales nucléaires obsolètes, et  les très chères nouvelles qui les remplaceront, cela avec toute la certitude que notre arrogance permet, pour pré...

Plus que parfait

  Son nom est Pesquet. Thomas Pesquet.   Il a trente-huit ans, plutôt bien fait de sa personne, ingénieur, il est surtout le dixième astronaute à quitter le plancher des vaches tricolore,  au cas où vous seriez arrivés jusqu'ici à l'ignorer, ce qui relèverait de la performance.   Un jeune homme moderne, bien dans son époque, il communique donc, beaucoup, beaucoup. D'abord parce qu'il est payé pour, cela fait partie de son boulot pour l'Agence Spatiale Europé...

Retour de flammes

  Fatoumata se réveille en sursaut. Son premier réflexe est de tendre son bras gauche, sa main constate le vide du lit, le drap froid. Mohand n'est pas là, pas rentré, ah ? Ça y est, sa mémoire sort du sommeil profond, il doit bosser cette nuit avec le Japon, une sombre histoire de paramétrage informatique à laquelle elle n'avait encore rien compris lorsqu'il lui avait tout raconté par le menu, comme d'habitude. Car elle dé...

Décompte de Noël

      C'était mieux l’avant, je ne parle pas du calendrier ! Je suis en retard dans ma tournée, avec leur putain d'application de merde qui débloque, je rate un paté de maison sur deux. Faut dire que lorsqu'ils m'ont racheté, ce fond de pension domicilié aux iles caïmans, tout était beau, comme sur leur dépliant en quadrichromie, c'était Uber, par ci, Uber par là, oui, tout ira mieux pour vous, vous verrez l'autoentrepreneuriat, c'est moderne. Me suis pas mé...

Voisins, voisines

  Lorsqu’il avait quitté son dernier logement collectif de banlieue parisienne, il n’avait pas du tout considéré le paramètre « voisinage » dans ce changement géographique, cela n’entrait simplement pas dans son calcul. Habitué jusque-là, à n’entretenir des relations, si possibles cordiales, qu'avec son seul voisin de palier, en une sorte d’alter-ego horizontal à l’amabilité...