Les billets de Joseph

Les billets de Joseph

Acte manqué

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« Haut les mains ! Je tire au premier geste ! » hurle Axel d’une voix de tête suraiguë en direction de deux postières et de leur unique cliente accoudée au comptoir. Effarées, elles obtempèrent. De sa voix déformée, seul subterfuge qu’il ait trouvé pour maquiller une possible identification sonore et son effroyable trouille : « Vous ! » d’un index péremptoire à la plus jeune guichetière « Ouvrez la porte de communication et éteignez les lumières. Attention i Ne prévenez pas les flics, sinon c’est elle qui prend ! » En désignant de son gros pistolet noir la pauvre cliente, une jolie fille qui courbe l’échine sous ses menaces. « Toi, la caissière ! » En lui lançant un sac de sport « Tu me remplis ça ! Fissa ! » Il avait prévu de tutoyer la plus âgée, de la nommer par sa fonction pour bien lui faire comprendre qu’il la connaissait, qu’il était le patron. Il applique donc son précepte, cela fonctionne semble-t-il sur la pauvre dame, elle tremble tellement qu’elle a bien du mal à libérer les billets des logements de la caisse.  Une légère pénombre confirme à Axel que son plan fonctionne, la jeune a éteint les plafonniers. Il en gueule encore un peu plus de satisfaction « Eh, ma vieille, n’oublie pas les pièces ! » Il se tourne vers les deux autres, leur indique du canon le chemin à suivre « Vous deux ! Allongez-vous entre les bureaux ! » Elles se couchent immédiatement 1à où il faut. Axel les menotte les mains dans le dos, à plat ventre sur le sol.

 

Il se relève, s’approche de la caissière. Un coup d’œil circulaire l’assure que tout est calme. Personne ne peut entrer. Il a pris soin de fermer le providentiel verrou -repéré antérieurement- et d’afficher une petite pancarte blanche et propre informant la clientèle de la fermeture momentanée -de 14 à 15 heures- du bureau de Poste pour raison administrative. Le vieux sas d’entrée en bois dissimule l’intérieur de l’agence.

Axel sait que nul ne peut le voir mais le trac qu’il ressentait avant le braquage se transforme maintenant en une sorte de vertige de terreur et d’angoisse, qui, mêlés lui vrillent les viscères. « Ne perds pas de temps, bouge ! » S’encourage-t-il en même temps qu’il se surprend à alpaguer le col de la caissière. « Alors, ça y est oui ! Le coffre maintenant, vite, merde ! N’oublie pas les chéquiers » Elle lui répond entre deux sanglots, d’un accent méridional amplifié par la peur.  « Calmez-vous, je vais le faire. » Axel vocifère « Tout ce que je veux, c’est que tu te grouilles, merde ! Si les flics arrivent, ce sera un carnage, t’as pas compris ?  Plus vite je pars, plus vite vous serez tranquilles, tu piges ! » Plus Al Pacino que nature, il ajoute « Et vivantes en plus ! » Opinant du bonnet, la dame aux cheveux poivre et sel s’agite, plus efficace avec le coffre que le tiroir-caisse, comme si la perspective de voir partir ce dingue lui redonnait du courage.  « Voilà, c’est bon »dit-elle agenouillée devant Axel en lui tendant le sac.  Il les lie toutes les deux par le dos et des menottes rouillées. Une seconde paire  lie la cheville de la caissière au pied d’un énorme meuble fichier comme seule une administration peut en inventer. Il fouille ses poches, sort un rouleau de scotch brun et bâillonne généreusement ses victimes, en leur laissant les narines bien dégagées. Il attrape la jeune fille par les pieds, elle pleure. II se contente de lui lier les pieds à une colonne du comptoir.  « Voilà mes petites dames, le cauchemar se termine, si vous restez bien tranquilles, Capito ! » Trois momies ridicules lui répondent de concert d’un mouvement de menton. Il se dirige vers la porte blindée qui donne sur les poubelles et une petite ruelle. Avant de l’ouvrir, il balance son revolver au milieu du bureau. Ie jouet percute un meuble dans un bruit de plastique creux.

 

Un regard à droite, puis à gauche, personne. « Vive la sieste ! » Il sort dehors, referme et jette la clé six pans dans un container. Un nouveau regard sur sa montre « 15 minutes ! Super ! ...Du calme... Zen. Tu flânes, O.K. !» Axel retire ses gants anachroniques en cette saison et les range. Il se met à marcher d’un pas tranquille dans les rues désertes du centre ville. Il descend vers la rivière sous le soleil du sud de cette fin juin, son sac jeté nonchalamment sur le dos, tel un touriste un peu en avance. Son look chevelu et barbu -postiches- et ses yeux bleus -des lentilles colorées- le ferait passer pour hollandais, quoi de plus normal ici, l’été. Il arrive au pont, traverse la rivière et prend un petit chemin à gauche sous le couvert des taillis et le chant de quelques cigales.

Nouveau coup d’œil horaire «32 minutes, R.A.S. ! » II s’enfonce dans le sous bois. Lorsqu’il en ressort, il est un autre ou plutôt lui-même. Il a retrouvé ses cheveux bruns et courts, ses docksides, son bermuda et son tee-shirt. La saharienne et le pantalon crème, les chaussures en toile ont rejoint le butin avec les postiches. Le sac de sport réversible a changé de couleur, mais pas le contenu. Un violent retour gastrique lui fait faire demi-tour dans le sous bois, où il vomit tout le stress accumulé depuis une heure.

Axel reprend le chemin en trottinant, il se retourne de temps en temps. Le moindre bruit lui fait penser aux gendarmes, mais rien ne se passe. Il arrive sur la petite plage. Il constate « Pile poil ! Arsène Lupin ! » Le canoë est là, retourné dans l’herbe, tout y est. Axel enfourne le sac dans un bidon étanche, le glisse à l’intérieur, un léger grondement lui fait lever la tête vers la rivière alors qu’il ajuste son casque » Il regarde passer un mini mur d’eau, une vingtaine de centimètres qui noie les rives et les rochers affleurants. « Ah!  Vive l’exactitude de l’EDF, le dernier lâcher d’eau est à l’heure, minable mais ponctuel. » Les félicitations au service public passées, il prend son canoë sur l’épaule et se met à l’eau. La proue sur la rive, Axel ajuste sa jupette pour être bien étanche. Axel monte dans l’îloire et place ses genoux sur les mousses et dans les sangles, puis il pose ses fesses sur le petit banc. Après avoir fîxé sa jupette, il pousse son bateau d’un coup de pagaie dans le lit de la rivière. Ensuite, il entame sa descente, tranquille, le nez au vent, profitant des beautés sauvages du cours d’eau. Mais la rivière du mois de juin n’est pas la même que celle d’avril; le niveau d’eau est beaucoup plus bas, le débit moindre ne pose aucune difficulté au voleur. Le fond du canoë touche souvent dans les passages rapides avec des raclements rauques. Axel est même obligé de s’arrêter plusieurs fois pour quelques portages car certains passages ne sont pas praticables et certains sauts, infranchissables.

 

Au bout de quelques kilomètres sans réel plaisir pour lui, Axel arrive au lieu de bivouac qu’il avait déjà prévu : une minuscule clairière sous les pins, déserte. « Tant mieux » pense Axel encore préoccupé par d’éventuels poursuivants et le souci d’être reconnu après son méfait Plus que le niveau de l’eau, une culpabilité latente l’empêche de prendre du plaisir à cette ballade.  Peut être aussi l’écho d’un vieil adage qui lui répète que tous les malhonnêtes sont rattrapés ou que toute faute se paie un jour. Axel jure « Putain d’éducation, tu ne vas pas m’interdire de prendre mon pied, non ! Merci maman, merci papa ! » Rageur, il met son bateau hors de l’eau, le vide et le retourne. Il sort ses quatre bidons étanches et s’installe. L’igloo se déploie. Axel balance son duvet, le bidon « cuisine », le butin et ses affaires en vrac sous la toile. Toujours énervé d’être énervé, il se déshabille et court s’allonger dans la rivière. Les mains accrochées à un bloc de granit créant un petit tourbillon, il laisse le courant masser et bercer son corps.  Seul son visage émerge, les yeux fermés, les oreilles sous l’eau, il ne perçoit plus que quelques ondes opaques du monde extérieur et s’apaise, enfin. Il se rappelle du stage des vacances de pâques avec le club, de cette même descente qu’il refait en solo, aujourd’hui dans la situation particulière du bandit en planque. Ce matin, lorsqu’il a mis son bateau à l’eau, il savait déjà ce que serait sa pause de midi . « L’attaque de la diligence ! » Sourit-il mentalement.

 

Ce casse foireux, si préparé, de très longue date, depuis avril, il l’a minutieusement construit. Axel a pensé à tout, au moment de la journée le plus creux, à la fin du mois pour ramasser le fric des pensions –fric qui n’y sera pas…-. Il repense à cette reconnaissance des lieux au printemps, comment il a inséré son hold-up dans sa semaine de congés payés et de ses trois jours de vacances ici ; il rigole lorsqu’il se revoit collecter les menottes dans tous les vides greniers de Seine et Marne. Il a relevé ce défi, mais il n’arrive pas à croire que cela va marcher, persuadé qu’il va se faire pincer.

Pourtant l’alibi de la descente est béton, la rivière est une cachette idéale, sans contrôle routier, sans police, à part les gardes-pêches sourit-il. Un lieu où l’on ne rencontre pas d’humains, quoi. Une idée lui vient « Tiens, une partie de pêche ?  Un poisson au feu de bois pour ce soir, ce serait pas mal... » Il se relève et sort du bain massant. Le soleil sèche tout de suite les gouttelettes qui parsèment sa peau trop blanche d’éclats lumineux. II s’arme de son couteau et se dirige vers un buisson de noisetiers un peu en amont. Il choisit sa gaule et la tranche d’un coup, puis il s’assoit devant sa tente et monte sa ligne tranquillement. Une fois prêt, Axel prélève pour l’appât, une tranche de pain de son stock alimentaire.  Son regard cherche un rocher confortable pas trop loin. « Un peu de fond, pas trop de courant, parfait » se dit-il en regardant la rive d’en face qui correspond au coin idéal. Il redescend en aval pour traverser sur un gué naturel formé par quelques rochers épars. Il sautille d’une pierre à l’autre, en alternant son pied d’appui.

Assis, les pieds pendouillant à un mètre au-dessus de la surface, il confectionne une boulette de mie et l’accroche à l’hameçon. Axel lance sa ligne sans conviction. Dans un petit ploc ! Le bouchon réapparaît et se stabilise. Le flotteur s’immobilise. Notre pêcheur nonchalant le fixe un moment. Le manque de distraction du point rouge sur l’eau verte emporte Axel vers d’autres préoccupations, plus mentales » Il repense à ce qu’il vient de faire, au plaisir rétrospectif de montée d’adrénaline qu’il a ressenti. Immédiatement son cerveau lui démontre que c’était, que c’est encore une folie pure. Son autre facette lui fait éprouver de la compassion pour les trois femmes qu’il a terrorisées durant ce quart d’heure hors du monde, hors de ce qu’il est. Il se reproche successivement: ses menaces gratuites, d’avoir pointé le canon sur la cliente, d’avoir houspillé la caissière ou encore d’avoir fait l’acteur de film de « ganstères » comme disent les gens d’ici.  Il sait après coup que ce n’était pas la peine d’aller jusque là. « Vaniteux, le mec. Être armé aurait dû te dispenser de ces manifestations de puissance inutiles, de jouir de l’exercice de pouvoir absolu de vie ou de mort. » Son cheminement continue. « En avril, si tu avais vu un homme derrière le guichet, tu ne serais pas passé aux actes, hein ? » il soupire. « Voilà les vieux relents machistes qui ressortent maintenant. Aventurier en contreplaqué ! Quels risques as-tu pris in fine ? Nib, rien, que dalle. Hé! Les problèmes sont à venir... Peut-être? A trop gamberger, tu as oublié qu’il va te falloir gérer l’après... » La canne à pêche le tire brutalement de son auto-analyse, si fort qu’elle a failli échapper à sa main droite. Le bouchon rouge n’est plus là. Axel se reprend, relève doucement la canne qui courbe sous l’effort. Un éclair argenté balaie la surface de l’eau dans des croissants d’écume. Axel maintient le poisson pour le fatiguer et l’asphyxier. Un moment, l’animal donne des signes de faiblesse, il gigote mais est devenu moins vif. Axel remonte sa gaule, d’un mouvement régulier et fait basculer la bête dans sa main gauche. « Un beau gardon ! Un ! » S’écrit-il, triomphant. Il décroche sa prise, la fourre dans un sac en plastique et coince le tout sous un galet.  il appâte et relance. Ses yeux fixent à nouveau le flotteur avec une concentration supérieure. Une pensée lui revient, confuse. Il n’a pas le temps de juger de sa puérilité qu’un deuxième gardon se jette sur la mie de pain. C’est un plus petit format que le premier. « Tu bouges bien, mais tu n’es pas assez costaud ! » Lui dit Axel en le saisissant.

 

La partie est finie, deux poissons suffiront au menu; il remballe et retourne à son bivouac. Le soleil se cache derrière les crêtes, le camp bénéficie encore un peu de ses lueurs. Axel regarde l’ombre des montagnes et leur contraste avec le versant encore illuminé de couleurs de l’été. Il se remet à penser. « La nature est à ton image, sol y sombre, noire ou blanche, comme toi, sans nuance, voleur en solitaire, honnête en société. » Il rit de ses pensées à deux balles. « Productifs les neurones ! Ce n’est pas comme tes tripes, tu faisais moins le fanfaron cet après-midi ! » Faire ces constats lui démontre que l’angoisse est évacuée, qu’un peu de calme est revenu. Il retrouve le désamour de sa personne et son pessimisme flegmatique qui l’accompagnent depuis son adolescence. Il est redevenu lui-même.

Il prépare sur la rive, un rond de galets pour le feu de bois, s’applique, ne voulant pas se signaler par un feu dans la garrigue -pas le moment-. Axel remonte, ramasse du bois mort et s’affaire à la préparation du repas.  Quand tout est prêt, il s’installe près du foyer. Cérémonieux, il s’offre une mignonnette pour arroser sa première journée hors la loi. Il craque une allumette. Les billets et les chéquiers s’enflamment puis embrasent les brindilles et le petit bois enfermés dans le rond de pierres. Axel lève sa fiole. « Aux 3500 euros! » Il trinque avec les deux gardons embrochés -sur leurs baguettes de noisetier- dont les yeux morts ne peuvent voir la mine réjouie de leur tueur.

Dérisoire, Axel balance une votée de petite monnaie à l’eau. C’est tout ce qui lui restait au fond de sa poche; le reste il l’a semé durant la descente. Il tombe à genoux devant un gendarme imaginaire. « Ce n’est pas moi, M’sieur ! Je n’ai rien.  Pas de butin, pas de preuve ! » Il stoppe, interdit. « Idiot ! »  Il boit, puis entame son pot de taboulé sans aucune envie. Il mange doucement, absent, de nouveau distrait par son activité cérébrale.  « Tu es content de toi. Pour une fois, tu as la sensation d’une pleine réussite.  Pourtant tu es toujours le même, ce défi ne t’aura pas changé, toi. Ta vie ne changera pas non plus -sauf si les gendarmes t’attrapent-. Tu pensais vraiment faire disparaître le doute, ce mal de vivre intermittent qui vient dès que tu n’arrives plus à être parfaitement conforme à l’image que tu voudrais de toi, conforme à ta quête d’un bonheur absolu. C’est raté. Te voilà déjà en train de culpabiliser vis à vis du mal causé aux dames de la poste. Tu as même brûlé tes gains. Pour diluer ta culpabilité ? Ou pour soulager un refus latent d’une vie basée sur l’argent ? Ce geste gratuit ne répond à aucune de tes questions existentielles, anarchiste de pacotille. Juste une aventure, égocentrique et dangereuse, tu... » Une odeur roussie rappelle Axel à la réalité. il se jette sur les poissons et les retire d’au-dessus des braises. « Ouf, pas trop brûlés ! » Se dit le voleur compliqué en replaçant les gardons au-dessus du feu sur leur coté encore cru. Il s’arrête de cogiter et fait un sort à sa semoule. Une fois cuits, les poissons se révèlent excellents. Un petit bout de fromage et deux brugnons rassasient Axel.  Il ravive le feu, prend sa timbale et se fait une eau chaude pour son thé. Il en profite pour immoler les postiches qui disparaissent dans un éclair de flammes.

La nuit arrive doucement et remplace le ciel bleu, par un rose mauve puis un rouge violacé, pour finir en un bleu sombre et dense. Axel, allongé dans son duvet contemple tes étoiles, spectacle perpétuel dont il n’arrive pas à se lasser. Il finit par s’endormir.

 

Il ouvre un œil, réveillé par l’humidité du petit matin. Flemmard, il se tortille jusqu’à l’igloo, s’y enferme et se rendort. Vers huit ou neuf heures, il sort de sa tente et s’étire tel un chat au soleil du matin. Il déjeune paresseusement. Il continue de traîner pour ranger le camp et préparer le bateau. Il ne regarde l’heure qu’une fois prêt, assis dans son embarcation. «11h 15 ! J’ai pris mon temps. Pas grave, je me ferai un sandwich au camping. » Une vive poussée, un appel et un contre appel, il se lance dans la descente.  L’eau manque moins, quelques ruisseaux venant grossir progressivement le débit et la largeur de la rivière. Axel fonce, son coup de pagaie est vif, le bateau file. Dans sa marche en avant, il se fait même surprendre par un tourbillon de débutant et se retourne » Il se redresse aussitôt, en riant. Son rire se fige à la vue d’une camionnette bleue qui remonte la vallée par la route, toute proche de la rivière à cet endroit. « Les gendarmes ! » Axel embraye et reprend sa pagaie.  Raisonnant, il adopte l’attitude du touriste moyen et se laisse porter par le courant se contentant de quelques coups de pagaies pour maintenir le canoë dans la bonne trajectoire. La camionnette n’a même pas marqué une hésitation, Axel ne préférant pas le vérifier, ne s’est pas retourné pour en juger.  Il arrive à sa destination, doublant un groupe de canoës bataves en avance sur la saison.

 

Il range son embarcation au milieu du stock des bateaux du camping, noyé dans la masse, son canoé est en sécurité pour longtemps, Axel s'en moque un peu, mais il finit le job, presque mécaniquement. il regagne sa voiture et rente chez lui. La révolution n'était donc encore une fois pas d'actualité, et même pas reportée à une date ultérieure. Axel ne pouvait pas aujourd'hui, il avait braquage et canoé.

 

 



06/06/2016
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