Les billets de Joseph

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Nice, plaie des anges

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Un camion de l’horreur stupéfie et nous glace une fois de plus. Ce n’est plus une fois de trop puisque la liste s’allonge régulièrement, le sanglant métronome de l’histoire ne perd pas le tempo. Pourtant  nos cœurs pas encore assez rétrécis font que l’on ne peut continuer notre chemin paisiblement, comme quand l’optimisme semblait un sentiment encore possible. L’insouciance, l’innocence, nous sont interdites pour un moment, car  vivre avec cette réalité demeure infaisable, comment oublier, comment tolérer, et surtout comment penser cela comme un risque accepté, tel l’accident d’avion ou la catastrophe naturelle, et de fait, pour ces tueurs de masse une manière d’exister.

 

Oui, Nice est d’abord un crime de masse, de ceux dont les Etats-Unis d’Amérique nous gratifient trois ou quatre fois par an. La thèse de l’islamisation turbo fait pourtant  long feu, les médias et le premier ministre avaient, sur la simple vue des papiers d’identité tunisienne à tête  d’arabe de l’assassin, déjà bouclé l’enquête en fortiches de l’audimat, une opportuniste revendication de daech venant achever le travail. Or l’EI demeure aujourd’hui le seul lien entre l’islam et le chauffeur, qui apparemment, troubles psychiatrique inclus, menait une bien triste vie, violences comprises, mais pas de celle des rigoristes coraniques. Daech est donc  le meilleur vecteur actuel présent sur le marché pour fournir une raison de tuer à n’importe quel barbare en mal de massacre et de suicide médiatique, telle  une simple franchise du meurtre, gratuite d’accès, qui franchise même des inconnus post mortem en osant les qualifier de soldats.

 

Nice donc, une des villes avec l’un des plus grand réseau de surveillance vidéo des espaces publics de tout le pays, dotée d’un effectif pléthorique de policiers municipaux, et qui se donne  depuis toujours, des maires et des élus, des plus sécuritaires qui soient, tout du moins dans le discours.

Nice si policée n’a donc pas dissuadé un de ses habitants de passer à l’acte, malgré ses muscles. Et si on enlève l’adjectif terroriste, les autorités seraient peut être bien en peine d’assumer que notre pays est devenu comme les États-Unis , un pays ou le meurtre de masse est possible. Et si on n’enlevait pas ce qualificatif islamiste, à quoi servirait donc cet État d’urgence puisqu’il n’a pas empêché la boucherie.

 

L’arsenal du tout répressif qui depuis des années fait se remplir les prisons et s’engorger les tribunaux n’aurait donc aucune prise dissuasive. La politique sécuritaire initiée par le précédent président est inefficace, mais continuée par l’actuel, ainsi la déchéance de la nationalité parait bien ridicule avec ce douloureux  exemple aujourd’hui, un débat qui a pourtant duré de longs mois pour un si brillant résultat. Les politiciens demeurent donc dans le spectacle, consciemment car impuissants, comme si l’attentat islamiste était acceptable mais le crime de masse nié, car non agrémenté du tampon du  Satan médiatique sur lequel tout rabattre pour masquer leur incurie et nous faire in fine, accepter ce risque, en plus de  leur politique sécuritaire mortifère.

Comme s’il fallait se faire au terrorisme, tout en refusant paradoxalement toute autre forme de délinquance, même  violente. Nos élus de tous bords refusent toujours la moindre tentative d’analyse sociologique des premiers profils des tueurs de dessinateurs, de parisiens attablés ou de spectateurs du  Bataclan, ce qui les exposerait bien trop à une analyse critique de la société qu’ils représentent et font perdurer, critique sociale qui pourrait remettre en cause bien des choses : une politique étrangère guidée par l’unique intérêt économique ou énergétique au mépris des peuples, la politique des ghettos urbains à l’œuvre, les reculs sociaux tout azimut, en particulier, la froide gestion d’un chômage de masse, l’acceptation de la misère, la casse de l’hôpital public et des structures de préventions, sans oublier la "délinquantisation" des malades mentaux ou psychiatriques - selon un rapport sénatorial 35 à 40% des détenus seraient dans  ce cas, laissés sans soin- ou bien encore celle de l’école publique, miséreuse et désorganisée sciemment, ou tout nous crie à l’absolue nécessité d’une réelle politique d’instruction publique et d’éducation ambitieuse permettant sur le très long terme l’émancipation d’enfants qui en devenant adultes, démocrates et responsables  s’éloigneraient de la tentation sectaire, de la violence suicidaire comme seul but politique et seraient en mesure de concrétiser enfin  le bannissement définitif de toute forme de discrimination raciale et sociale.

 

Mais non, nos politiques préfèrent rabâcher « islamiste, islamiste » sur tous les tons, détaillant chaque fragment d’enquête de police comme autant de signes de leur incompétence. Ainsi, sur les ondes et le web se propagent des échos qui vont troubler et réveiller les bêtes qui sommeillent dans les cerveaux dérangés, cette promotion provoque déjà des répliques. Plus que l’EI, c’est le bruit médiatique de ces bouffons cyniques trop occupés à se dédouaner pour mieux nous tenir par la peur, qui amplifie la perversité daechienne à sa propre place, un comble. Le cercle infernal se referme, non pas sur eux, ultra protégés, vivant dans un confort ouaté, et sauvés d’avance mais sur nous, les pauvres types, jouets de leur sinistre farce, chair accessible à tout candidat collectionneur de macchabées qui  se transformera en pièce ultime de sa lugubre moisson.

 

Nos politiques ont donc fait le choix du mensonge et de la force, un choix de la haine qui ne va pas manquer de montrer ses crocs stupides et fétides, ils sont les pompiers pyromanes du terrorisme islamique, comme ils le sont du libéralisme, indécrottables égos, celui-ci leur sert d’argument pour renforcer leurs pouvoirs sur nos vies. Nous n’attendions déjà plus grand-chose d’eux, qui ont détruit un pacte social à peine ébauché issu de la dernière charcuterie mondiale où une majorité de nos représentants s’étaient déjà montrés complices et/ou pleutres,  mais ils demeurent la main sur le volant,  toujours mis en musique par  leurs moyens de communication omniscients se mélangeant étrangement avec ceux des milliardaires.

 

Alors que faire. Être soi-même, tenter de ne pas être conduit à penser contre soi malgré l’énorme flux continu et constant du conditionnement en cours. Tout peut paraitre bien vain face à la hauteur du mur qui est devant nous, mais que faire d’autre que ce qui nous est possible comme ne pas céder à nos pulsions primitives ou faire le pari de l’intelligence et du courage pour ne pas sombrer et suivre ces tristes sires, tenter de demeurer humain, libre et debout, et  ne pas choisir entre les fous qui sont au pouvoir et ceux qui voudraient y accéder quitte à placer une religion au centre du jeu.

 

Le chemin de l’utopie est à retrouver pour chacun, selon ses moyens, selon ses besoins. Ne pas croire et dire non à leurs chimères est déjà un début pour penser le monde autrement, un monde à côté du leur. Une vie d’homme n’y suffira pas, certes, mais il est hors de question de leur donner une seule raison d’être avec eux, et de se retrouver de gré ou de force du côté de la mort.



20/07/2016
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