Les billets de Joseph

Les billets de Joseph

Tunisie, fragments, avril 2002

Sur une suggestion de librexpresso, je publie des extraits de ce carnet de voyage. Itinérance en famille, ces écrits valent souvenirs pour les enfants et leurs parents, vous y trouverez quelques paragraphes, expurgés ou anonymisés, sans explications parfois ou analyses trop courtes, et même  quelques « références » obscures. Après crash-texte, quelques lecteurs m’ont dit que ça valait le coup de le publier ici, je me suis interdit de corriger quoique ce soit à ces quelques pages sans prétention. A feuilleter, donc, comme un plaisir ancien, disparu avec l'arrivée des écrans trop parfaits.

 

L’histoire a modifié tout cela, depuis.

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La Tunisie, ce sont les ballades au bord de la méditerranée. Six heures du mat à Ivry-sur-seine, 17 heures les pieds dans l’eau, sur cette plage, à Hammam Sousse. A Mahdia, un petit port presque breton, si ce n’était le port punique et le cimetière musulman qui dégringole (au propre comme au figuré) vers la mer sous le Borj (Fort) qui nous surveille.

Vers Port el kantaoui, sur les digues de pierres d’un port de pêche au nom oublié se transformant doucement en port de touristes, là aussi, un petit cimetière suivait dans sa chute une petite falaise. Rythmée par l’appel à la prière du muezzin et l’inventaire d’immondices en tous genres.

 

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La Tunisie, ce sont les mosquées de Kairouan, avec leurs décors suffisamment chargés pour être beaux mais pas encore assez pour être kitsch. Le stuc orne les plafonds. De fines colonnes et de massives murailles, des magnifiques portes au bois travaillé se marient avec la pierre et les faïences omniprésentes.

 

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 La Tunisie, c’est le thé. Sucré. Très. Fort, épais. Avec des feuilles de menthe fraîche. Curieusement, il est chaud et désaltérant. Ayala nous a dit que le meilleur vient de Lybie …Tout se perd, mon ami !

 

La Tunisie, ce sont les médinas, pour l’ambiance, la couleur, l’exubérance. Cerclées d’une muraille, c’est étroit, quelquefois presque sombre comme à Sousse, d’autres fois, lumineux et aéré à Kairouan. Souvent les artisans et les magasins sont regroupés par produits, par rues entières. Comme les rayons de l’un de nos supermarchés. Les tissus et les tapis, la vaisselle et les faïences, etc.…Le marche (le souk) lui ne fournit que le frais. Tous les marchands de tapis sont les amis des « gazelles et des gazous ». Si on ne veut pas jouer, c’est quelquefois un peu lourd à supporter. Le marchandage ? Bof, pas doués. On regrette notre bon vieux code barre. Ils savent « que le français est fauché  (ils ne disent pas radin), les italiens les baratinent et ont les meilleurs prix, les allemands, il faut qu’ils paient, quant aux américains… » . Les points de suspension doivent dire qu’on les vole. Les commerçants tunisiens sont surtout allergiques à l’arrogance, de l’argent ou des comportements, il n’y a pas qu’eux d’ailleurs.

Sinon les magasins sont sur le trottoir, ils te montrent ce qu’ils ont à vendre, que ce soient des souvenirs, des engins de travaux publics, des éviers, des légumes, des mobylettes ou des pneus.

 

La Tunisie, c’est le couscous. Tiens ! Avec des fèves aujourd’hui ! Hier des pommes de terre, demain une épice inconnue. Ça pique gentiment, si on laisse le piment vert (on fait attention aux touristes). Ça n’a jamais le même goût. Après si on a bu un peu trop bu d’eau, on gonfle, une douce torpeur nous fait somnoler. Si on mange trop de piment, le Smecta nous sauve la mise.

 

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La Tunisie, c’est une police omniprésente et nombreuse, sur la route, aux carrefours, à la sortie des collèges, des lycées. Des panneaux vous menacent du contrôle radar sur les GP qui font fonction de routes nationales. Le radar est souvent à l’ombre, il a une moustache, se cache et jaillit de derrière un dos d’âne pour vous arrêter, où que vous soyez, sur une bretelle d’autoroute, au milieu d’un rond point ou une piste désertique. Quand vous y regardez mieux, des petites casemates les protègent du soleil.

En fait ils vont par deux, en kaki avec des parements blancs. Des fois ils vous arrêtent juste pour vous laisser repartir, d’autres fois, ils vous demandent d’éviter une manifestation de jeunes pour la Palestine. Puis un jour, vous tombez sur celui qui prend son pied à vous contrôler, il vous explique en gigotant, hautain et arrogant » qu'ici c’est pareil qu’en France, il ne faut pas arrêter une seule roue au stop mais les quatre (?!) » Puis vous prenez votre air le plus con en attendant que tombe l’amende ou la proposition d’un billet de tombola (bakchich), mais le klaxon d’une des innombrables 404 lui signale qu’il vous a arrêté en pleine rue. Alors, il vous laisse repartir et passe au suivant.

Le chef des flics Benali est partout, son portrait orne les boutiques, les restaurants. Chaque ville a sa place du 7 novembre, jour d’élection du chef de l’Etat -bientôt à vie- . Doit pas falloir ouvrir trop sa bouche ici.

 

La Tunisie, c’est le pays des oliviers. L’olivier planté au cordeau, ce qui contraste avec les formes tortueuses de chaque arbre. On le bichonne, on racle la terre jaune et sableuse autour de lui, pour le faire respirer, on l’arrose sans doute car comment pourrait il survivre à coté des palmiers et des figuiers de barbarie, plus rustiques que lui. Pour l’aider, des petites buttes de terre bordent les carrés d’oliviers, pour conserver une hypothétique fraîcheur.

Des kilomètres et des kilomètres carrés d’oliviers, à perte de vue jusqu’à l’horizon vers Sfax ou Sousse. L’huile que donnent ces petits fruits noirs –jamais vu d’olives vertes- est très douce et transparente, votre pain y trempe en début de repas avec une purée de piments. C’est bon ! Le feu et la douceur en même temps.

 

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La Tunisie, ce sont des boucheries pas comme les autres. La tête de vache, de mouton ou plus rarement de chameau (le chameau, c’est le dromadaire local) est pendue par une ficelle devant la boutique. Quelquefois elle tire la langue. Ce trophée est censé vous signaler l’abattage récent de la bête à qui appartenait cette tête, donc de la viande fraîche. Parfois le mouton est exposé dehors dans une armoire réfrigérée dont on se demande si elle fonctionne, d’autres fois, il n’y a pas d’armoire réfrigérée.

Un jour, un arpète repeignait en rouge vif les clayettes en inox de sa chambre froide, sans doute pour un grand nettoyage avant la réouverture.

Au bord des grandes routes, les bouchers ajoutent une terrasse et un barbecue à leur devanture. Apparemment les routiers et les voyageurs apprécient ce mac drive exotique. La bête pendouille à l’entrée attestant qu’elle a été saignée , comme l’indique le précepte religieux, et arrosée de poussière à chaque passage de véhicule et sans doute de tout ce que peut apporter le vent. Certains alignent la future nourriture attachée directement au barbecue, trois ou quatre agneaux presque moutons attendent leur fin programmée, leur exécution ne dépendant que de la fréquentation du barbecue. Malgré la belle couleur rose tyrien des boucheries tunisiennes, nous n’avons pas osé essayer de goûter.

 

La Tunisie, c’est un pays "en voie de développement". L’espace privé est toujours propre et clean. Les tunisiens ignorent l’espace public, complètement laissé à l’abandon. Je nettoie régulièrement mon trottoir, j’y plante des fleurs, je mets un beau carrelage. Par contre je vais laisser pourrir ma voiture ou mes couches culottes à 1 mètre du même trottoir, même si c’est ma boutique. L’Etat fait de même, des tonnes de sacs en plastiques décorent les arbustes, les rues sont sales et pas seulement poussiéreuses. Un fond social privé emploie les 21-21, des brigades de déshérités à nettoyer les espaces publics. Devenus nickels, sans doute retournent ils à leur état initial, deux jours après. Pas vu de mendiants malgré tout.

Le chef de l’Etat devait être à Monastir pour l’anniversaire de la mort du grand leader Bourguiba (un autre grand démocrate). Le parcours de Benali avait été nettoyé, coloré de rouge et de blanc, les couleurs du drapeau…et de violet, volonté du chef (les mauvaises langues disent que c’est la couleur des intégristes). Tous les marquages au sol étaient repeints, des petits drapeaux décoraient le chemin, Une photo géante du chef avec vingt ans de moins, les cheveux teints envahissait la place.

Les magasins d’Etat-où les prix étaient fixes- ferment peu à peu, Benali est un bon petit soldat du libéralisme. Les chaînes hôtelières sont toutes privées : les amis occidentaux ou locaux, les familles des ministres et du patron.

Les écoles et les collèges sont toujours bien entretenus, mais faute de moyens, les gamins fréquentent par roulement les établissements scolaires, par demi ou tiers de journée. Pas de ramassage scolaire, pas de cantine. Le midi, des hordes de mômes jouent, mangent ou écrivent à l’extérieur. D’autres sans moyen de prendre les « louages » (taxis) semblent faire des kilomètres à pied. On en croise dans des zones désertiques ou rurales, le cartable à la main, sans aucune habitation ou école à perte de vue. Les filles ont des blouses roses ou bleues, les garçons semblent dispensés de cette contrainte.

 

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La Tunisie, c’est le pays des travaux. Ça construit partout, les briques rouges succèdent aux murs de ciment, on construit des hôtels au bord de mer, des boutiques au bord de la route, des  habitations ou des murs en plein désert. C’est simple, après les fondations, un cube de ferraille qui donne quatre poteaux gris, puis on remplit de briques l’espace entre les poteaux. C’est arrêté en cours -souvent-, le propriétaire doit manquer d’argent ou de matériaux.

Ça repart, un étage est à venir, les tiges de fer dépassent, promettant une future maison plus grande. Des fois, c’est déjà habité sans portes et sans fenêtres ou à louer sans être terminé, ou abandonné sans jamais avoir été fini, quoique un jour…

Souvent, un vieux semble traîner son ennui, assis devant la maison sur dalle : le gardien. Est-il payé ? Pas sûr, peut-être le cousin ou le voisin. Les échafaudages feraient mourir d’apoplexie un inspecteur du travail français, ces artistes sont pendus à 15 mètres de haut à un bout de ficelle et enduisent tranquillement. D’autres collent au ciment de jolies faïences bleues et blanches en façade, perchés sur un minuscule bout de planche, sans filets, sans rien du tout d’ailleurs… Un vieux sommier sert de tamis, chaque tas de sable a le sien. Pas vu souvent de bétonneuse, ici on travaille à l’ancienne, à l’huile de coude. Des fois, un gars tout seul bricole devant un gigantesque immeuble, on se dit qu’il en a pour cent ans, et d’autres fois, ils sont quinze sur une minuscule dalle. Les mystères de la productivité tunisienne.

Jardiniers aussi. Ils ont un âne avec une carriole ou un tracteur hors d’âge, ils plantent des palmiers, des eucalyptus. Un creuse, l’autre plante, le troisième arrose, puis après l’arbre semble devoir se débrouiller tout seul avec le désert, dérisoire rempart. Souvent, il n’a pas le temps de pousser, grillé par le sable chaud. Ça n’a pas l’air d’être grave, d’autres jardiniers reviendront. Ici, le temps ne compte pas. Inch’allah.

Terrassiers enfin. Le chott dévore l’asphalte. Le sel, le vent et l’astre blanc l’aident bien. La route disparaît, maltraitée par la nature. Des pelleteuses surgissent avec leurs ouvriers, ils doivent sans doute arriver à sauver leurs routes, mais au bout de trente kilomètres à trente kilomètres, il vous arrive d’en douter. La petite saxo tremble et vibre sur le chaos et les cailloux, mais cela reste toujours carrossable. Quand vous rencontrez des travaux : cherchez votre chemin, laissez passer les engins et les hommes. Vous croisez des voitures sur votre droite, chacun s’arrange. N’allez pas vous plaindre ! On vous prévient quand vous sortez de la zone des dits travaux. Là aussi la direction de l’équipement y perdrait son latin.

Mécaniciens pour finir. Des R12 rafistolées, des 403, des 404 décorées de ferronneries ou de portes d’armoires finement travaillées arpentent gaillardement les routes. Une crevaison ? On laisse la voiture sur le cric et on prend le taxi. Une panne ? On répare la voiture où elle s’est arrêtée. Puis si on n’y arrive pas, on reviendra avec la pièce quand on l’aura. Certaines voitures, bus ou camions rouillent tranquillement sur le bord de la route, même en ville. Leur propriétaire ayant probablement acheté un Izuzu, la nouvelle 404 asiatique. Carcasses dépecées de leurs pièces, des pneus usés ou éclatés ornent les routes, comme un mobilier urbain de substitution.

 

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La Tunisie, ce sont quelques plaisirs. Le calme vert et la sérénité des palmeraies de l’oasis. L’odeur du citronnier, les cascades de bougainvilliers, l’ombre des palmiers et le mouvement de leurs palmes. Le bruit de l’eau qui coule, les épis de blés qui oscillent, les oiseaux qui chantent, la curieuse fleur du bananier et le parfum du jasmin. Et encore on a raté le raisin, les oranges, les pêches ou les dattes. Vous sortez de là, le vent de sable et le soleil vous brutalisent. Une envie furieuse d’y retourner, d’y passer sa vie, dans les mimosas et les roses, comme un cocon. Juste une pause, une douceur intemporelle dans un monde impitoyable. Dans ce jardin magique, les amoureux s’y cachent pour faire ce que tous les amoureux du monde entier ont à faire, protégés des coutumes et de la religion par les arbres, comme nous…du soleil.

 

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La Tunisie ce sont 60 kilomètres de vide entre Tozeur et Tamerza. Un petit chott, le chott-er-rahil, plus de relief que son grand frère. Quelques zones sableuses, des mares d’eau et d’énormes étendues de vide. Rencontré là, le vent de sable. Une odeur de poussière envahit l’habitacle. Les yeux picotent. Devant le capot, comme un brouillard dense, agité de volutes ocres et traversé de lignes de fuites granuleuses et horizontales. Le goudron disparaît peu à peu. Vous décomptez les bandes blanches discontinues du centre de la route . « Je n’en vois plus que dix …huit…puis sept, cinq..Une ! ». En aveugle vous allumez tout ce qui peut s’allumer, les codes puis les phares, les feux de brouillard, les warning, à vingt à l’heure, vous n’êtes plus trop sûr d’être sur la route, ne préférez pas penser à l’obstacle possible ou à un gros 4x4 sur votre arrière. Puis quelques minutes plus tard, la vision revient, enfin ! Vous croisez une mobylette, son pilote à chèche à l’air de manger du sable. Vous pensez au gardien des dromadaires aperçu le matin, aux deux flics dans leur cahute, tout aussi seuls et à l’inévitable adolescent sur sa carriole avec son baudet dans ces nuages de sable, mais comment font ils, comment le vivent ils ce vent de sable ?

Vous sortez du Chott, passez une sorte de col très raide, dans un décor aride et montagneux. Sans le vent, vous distingueriez un peu mieux les plis des couches géologiques de ce canyon version Afrique. Arrivés à la palmeraie, rien de fantastique sinon ce vert assailli de toutes parts par le jaune du relief. A la sortie, le vieux village abandonné au bord de l’oued, sa beauté est diluée dans le vent sableux. Une ballade dans les ruines pour finir, magnétique.

 

La Tunisie c’est le Chott-el-jerid, plus bas que le niveau de la mer, déjà sec en cette saison, plat à l’infini. Les cristaux de sel font scintiller la route et les plaques craquelées sur toute sa surface, on devine l’humidité encore présente, qui disparaitra avec l’été torride à venir. Tous les 20 kilomètres, un « café avec VC » et des tonnes de roses des sables à vendre, certaines peintes. Puis des travaux, des travaux et encore des travaux, pendant lesquels la route s’est faite piste. Les gros 4x4 des touristes des hôtels chics nous doublaient à 120 à l’heure. Les Izuzu aussi, nous laissant dans la poussière. Vu une barque aussi, seule sur le Chott, sans eau ni poissons. Elle est sans doute là pour la photo, pour arrêter le touriste. D’ailleurs, on s’est arrêté et on a fait des photos.

 

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La Tunisie c’est la colère du monde arabe pour la Palestine. Les TVsat arabes déversent leur haine d’Israël en lettres de sang en un flot ininterrompu d’images terribles, montrent les lycéens qui manifestent. Ayadi complètement impliqué, lui pourtant d’apparence tranquille, si modeste et simple. Lui, l’ami de la paix, ne sera jamais l’ami des juifs. Il est trop tard. Tout cela en nous servant un couscous chez lui, avec les délicieux doigts de Fatma, les petits cadeaux, les yeux malicieux de ses enfants, la calligraphie spéciale de leur maman, sous le regard énigmatique de la grand-mère.

 

La Tunisie c’est l’embrouille du désert. Le principe : t’es en « chameau » Ils font une pause loin de tout, dans les sables, tu ne refuses pas la séance photo rituelle. Puis, deux types sortis de nulle part, te proposent un coca dont tu ne veux pas, mais les mains ouvertes des enfants sans méfiance ont déjà capté la bouteille décapsulée. Tu te dis bon, tant pis, je paie. Le type t’annonce 7 dinars. Tu lui fais répéter, il te le confirme avec un « c’est le prix du désert » de trop. Tu t’énerves, tu lui balances dix dinars à la tête, et dis à ta petite famille que l’on rentre à pied. Léger flottement parmi les chameliers, le chef et les deux vendeurs de coca qui visiblement se mettent à s’engueuler en arabe.

Le chef, cavalier déguisé de pacotille, essaie de te retenir, de te faire remonter sur le dromadaire. Tout en avançant, tu lui dis un tas de choses sur le travail, l’argent, sur les vacances, le commerce et le tourisme. La famille en rajoute sur la thèse et le palabre quand tu cales ou que le guide sèche un peu, lui aussi. Puis il te laisse partir devant  ton « y a pas de problème » Tu marches, la colère tombe, trois cents mètres et… le cavalier revient, te rend tes dix dinars et te propose « mon ami » de remonter sur les « chameaux ». Ce que tu finis par faire en guise d’apaisement. Mais la ballade n’a plus le même goût, même pour les enfants, tu l’écourtes et  rentres sous les excuses renouvelées et obséquieuses du chef. On n’a donc pas aimé, heureusement, on a rencontré Ayadi quelques heures plus tard.

 

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La Tunisie, c’est le grand Erg, au début des petites dunes irrégulières, dont certaines mangent les palmiers, puis des dunes un peu plus hautes, puis un océan de dunes sans fin jusqu'à l’horizon. Rien. Une sorte de mer. Tout pareil, sans le mouvement. Le soleil dessine des ombres, de superbes galbes tracés par le vent. Vos pieds s’enfoncent dans un sable poudre qui vous remplit les chaussures, d’autres fois, ils trouvent un sable dur et pourtant toujours poudre. Rien n’est simple. Le dromadaire se moque bien de vos émois et continue de vous trimballer. Jamais désert, rencontré plusieurs ânes et leur carriole à pneus, un trio curieux : un homme les mains vides, suivi par une femme portant une cantine métallique et un enfant tenant des fagots. Près de tentes bédouines au milieu de ce néant, des enfants étaient de corvée de bois (...), des femmes de corvée d’eau avec des bidons de toutes les couleurs. Pris un stoppeur entre Douz et Matmata, il ne parlait pas français et ne sentait pas bon le sable chaud.

 

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La Tunisie c’est le service et/ou la démerde. Il n’y a pas de « dimanche », même le vendredi, le pays travaille tout le temps. Après Gabès, des vendeurs au bord des routes : de l’eau, de l’essence en bidon de 5 litres, des poires du Cap bon, de l’huile d’olive, des chaises en plastique et des bassines. Beaucoup sont assis ou couchés, à l’ombre toujours. Certains gardent les moutons en même temps. Ils sont nombreux. Trop. On se dit : sont-ils rentables, ils vendent pour quoi ? Pour trois dinars par jour. On oublie qu’ici, le salaire moyen est de 300 dinars, notre comptabilité occidentale ne vaut pas grand-chose. Mieux vaut trois dinars pour huit heures de sitin’ que rien du tout. Ici pas de RMI. Tout le monde travaille, pas pour la paie, mais pour la maison, la famille. Pharmacie ouverte de jour et de nuit, commerces ouverts de 6h à minuit. Ils sont toujours plusieurs à tenir la boutique : le patron supposé et d’autres moins âgés, sa femme, ses mômes ou des arpètes au statut incertain.

Matmata, un carrefour sans panneau, le touriste s’arrête, perdu. Deux gamins surgissent, proposant de visiter « la maison sous la terre », le touriste refuse, le gamin veut un stylo. Nouveau refus. Un bonbon, non, y a pas. Un dinar. Refus, pfff…Misère. Au retour, le touriste constate que les enfants sont toujours là, et aperçoit le panneau jeté dans le fossé. Bizness. Misère et bizness.

Avant Gafsa, des adolescents jouent au toréador pour tenter d’arrêter les véhicules, en particulier, le vôtre à plaque bleue, de location, donc de touriste. Ils brandissent un pot en plastique ocre-brun, et braillent dans leur langue un improbable argument de vente. Après avoir croisé cinq ou six de ses apprentis kamikazes, vous êtes plutôt content de ne pas les avoir fauchés. Six jours plus tard, le copain vous dit que c’était du miel à 3 dinars. Le bizness encore, tellement dérisoire.

Matmata, à pied dans les troglodytes. Si tu ne prends pas un guide, t’es assailli par des mômes ou des jeunes "guides" qui te montrent ce que tu aurais trouvé tout seul. Un peu pénible, mais tu dois être le dix millionième clampin qu’il voit venir. Et toi ? Si quelqu’un venait chez toi pour voir comme c’est beau, alors que tu suintes la misère par tous les pores, tu ferais comme eux… Notre guide d’ailleurs ne fait pas autre chose. Difficile d’être pris pour autre chose qu’un revenu, dans certains endroits, les plus fréquentés naturellement.

 

 

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22/09/2016
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