Les billets de Joseph

Les billets de Joseph

Sainte-Cécile

Bonne fête à tous les musiciens ! A ceux qui nous accompagnent, nous ont accompagné et nous accompagneront un temps ou longtemps, mais ce sera toujours trop court pour ne pas pouvoir tous les écouter, entendre et voir, jouer.

 

Bonnes fête aux amateurs, aux débutants, aux dilettantes pour une rencontre ou une pause, même à l’arrache, jouent dans le moment de l’échange et du partage, pour le simple plaisir, le leur, le nôtre.

 

Bonne fête aux professionnels, ceux qui vivent difficilement de leur passion, et les autres, à qui les majors ont souri d’un air carnassier, ou bien que l’artisanat de l’autoproduction et la scène ont sauvé pour qu’ils exercent à plein temps, de plus en plus rarement intermittents - soupir …- pétés de thunes ou pas, vieux ou jeunes, célèbres ou inconnus, maudits ou vénérés.

 

Bonne fête aux fanfares, aux bagads, aux bandas, aux harmonies, âmes des villages qui brassent toutes les générations, font marcher la musique dans les raouts locaux, de défilés en cavalcades zim-boum-boum.

 

Bonne fête aux chanteurs, aux chorales, aux choristes du ouap-dou-ouap, eux qui ont le talent et l’oreille pour chanter juste, de cette voix si sensible et seulement deux cordes à leur arc vocal. Certains n’ont pas ou plus beaucoup de souffle, c’est clair, mais les textes ou l’interprétation emporteront le morceau.

 

Bonne fête aux jazzmen, virtuoses ou pas, qui apprécient la difficulté, la technicité à un point tel qu’il n’y a plus qu’eux seuls à pouvoir s’écouter, des fois. Heureusement que certains d’entre eux vont s’encanailler et improviser en ville, dans des bouges mal famés. Spéciale dédicace aux voix des jazzwomen, clés de voutes merveilleuses rejoignant les portées des sœurs du gospel.

 

Bonne fête aux DJs, les rois du potar et du remix, qui font bouger le popotin, s’agiter les pieds, lever les bras, battre le cœur un peu vite parfois, transpercent les tripes de leurs basses, et les oreilles de leurs aigus. Ils sauvent parfois d’autres fêtes où l’on s’ennuie un peu, et à l’inverse, en gâchent aussi, ne saisissant pas les envies du peuple du dancefloor.

 

Bonne fête à ceux qui tapent la manche, dans les rues des centres-villes, des métros ou des marchés, pour une petite pièce au choix, sonorisent nos cheminements ou nos errements dans les petits ou grands vides des cités.

 

Bonne fête aux orchestres de bal, flonflons privés ou populaires. Rois de la variété au propre comme au figuré, qui unissent, avec l’aide du bar, de quelques projos aux couleurs criardes, et d’un décor bricolé à minima, toutes les bonnes volontés du parquet qui veulent juste s’amuser.

 

Bonne fête aux classiques, qui ont eu cette patience de supporter l’académisme des conservatoires ou des opéras, et d’une grande partie du public les fréquentant. Sans compter ces gammes infinies à faire et refaire cent fois sans cesse sur le métier, jusqu’à atteindre cet équilibre de perfection désiré, afin qu’ils s’adonnent à leur discipline, délivrant curieusement de trop pleins d’émotion insoupçonnés au profane. Il n’en demeure pas moins que quelques-uns d’entre eux osent encore se risquer sur les scènes prolétaires, aux publics incultes et mal élevés, même pas foutus de jouer du triangle.

 

Et, Bonne fête aux autres tribus, toutes, celles du rock, du punk, du reggae, de la soul, du blues, du rap, des traditionnels, du musette et j’en oublie, -que les bruitistes expérimentaux et autres contemporains m’en excusent par avance-, peuples d’influences sans qui je ne serais pas ce que je suis (tout, du sol au plafond).

 

Enfin, Bonne fête aux étranges étrangers d’ici et d’ailleurs, même ceux dont on ignore l’existence à cet instant, mais qu’un jour, leurs musiques nous connaitrons, échangerons et métisserons  par nos rythmes ou nos pratiques, nous redonnant par ces instants du chœur en une humanité si malade de murs et de haines, que leurs vibratos de liberté franchiront toujours, transfrontières.

 

Mon emprunt de la patronne des musiciens du saint calendrier n’était qu’un prosélytisme universaliste mécréant et vaguement fêtard, j’en termine donc, en souriant, avec « Mes souliers sont rouges » qui nous chantaient l’irréprochable hygiène de vie des faiseurs de notes.

 

 



03/06/2016
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